Comment les tomates ont perdu leur goût...
Association - Articles divers
Écrit par GRAU Jordi   
Jeudi, 04 Mars 2010 10:21

Je recommande à tous les Amapiens ou sympathisants la lecture d'une enquête très intéressante parue dans le Monde diplomatique de ce mois-ci (mars 2010) : Et pour quelques tomates de plus. Cette enquête, du journaliste Pierre Daum et de l'illustrateur Aurel, explique dans les détails comment les tomates sont produites en Europe et notamment en Andalousie. Afin que les consommateurs aient des tomates en plein hiver (et tant pis si elles n'ont pas de goût), on cultive ces fruits dans des serres, hors-sol, et avec force produits chimiques. Et comme les grandes surfaces réclament des bas prix, on fait appel à une main-d'œuvre sous payée, généralement non déclarée (donc sans droits sociaux) et souvent clandestine (beaucoup de Marocains mais aussi des travailleurs sub-sahariens, latino-américains et roumains sont ainsi exploités en Andalousie, et souvent victimes du violent racisme local). Tout cela entraîne au moins deux conséquences :

- une multiplication des transports routiers, avec la pollution, le gaspillage de pétrole et l'exploitation des chauffeurs que cela entraîne.

- une aggravation de la catastrophe gastronomique, puisque les tomates sont cueillies vertes, dures comme du bois, afin de supporter les transports.

Cette enquête, ou d'autres semblables, je crois qu'il faudrait la faire lire à un maximum de gens afin de les persuader de changer leur manière de consommer et, pourquoi pas, d'adhérer à une AMAP. Voici d'ailleurs ce que j'ai écrit à la rédaction du Monde diplomatique, en espérant que mon message sera publié (qui sait ?) dans un prochain numéro :

 

Bonjour à toute l'équipe de rédaction.

J'ai beaucoup apprécié l'enquête de Pierre Daum et Aurel : Et pour quelques tomates de plus. Elle confirme dans les détails ce qu'on savait déjà abstraitement : l'exploitation éhontée des travailleurs et les désastres écologiques, loin d'être l'apanage des pays de l'ex-Tiers Monde, sont monnaie courante en Europe. Le seul reproche que je ferais à cette enquête c'est que - conformément peut-être à l'esprit général du Monde diplomatique - elle laisse peu de place à l'espoir, et pourrait susciter chez beaucoup de lecteurs du découragement et de la résignation. M. Daum cite avec raison les propos pleins de bon sens d'un grand chef français : "Moi, je ne cuisine vraiment la tomate que l'été, lorsqu'elle a poussé dans la terre, en plein champ, qu'elle a mûri au soleil, pas trop arrosée, soumise au minimum de produits chimiques." Mais l'article ne précise pas comment se procurer ces tomates miraculeuses. Il existe pourtant une solution intéressante : les AMAP (associations pour le maintien d'une agriculture paysanne).

Dès les années 70 au Japon et en Allemagne, des consommateurs ont décidé qu'ils en avaient assez d'acheter des produits malsains et dont ils ignoraient la provenance. Aussi se sont-ils regroupés en association et ont pris contact avec un agriculteur local afin d'être fournis régulièrement en produits de saison goûteux et sains. Ces expériences ont été reprises dans plusieurs pays, notamment aux Etats-Unis, puis en Europe. En France, les AMAP se multiplient depuis 2000.

Même si, pour l'instant, il ne s'agit que d'expériences isolées, les AMAP pourraient constituer dans l'avenir une solution aux problèmes décrits dans l'enquête de Pierre Daum et Aurel. Avec les AMAP, en effet, on évite :

- l'exploitation des travailleurs, comme celle dont sont victimes les ouvriers agricoles d'Andalousie. Loin de pousser toujours plus à la baisse des coûts de production, les membres de l'AMAP paient une somme fixe et régulière au paysan, quelle que soit les aléas climatiques et le volume de la production ;

- les transports par camion, avec la pollution et l'exploitation des chauffeurs qu'elle entraîne ;

- le productivisme, dont on sait qu'il est toxique pour les sols, pour l'air, pour l'eau et pour les produits agricoles eux-mêmes (comme ces tomates imprégnées de cuivre et de soufre dont parle l'enquête) ;

- la déperdition du goût (le paysan qui travaille avec une AMAP ne fournit que des produits de saison, et personne ne lui réclame des tomates en hiver).

 

Bien à vous,

 

Jordi GRAU

 

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